Au cœur des années 80, une époque où le turbo était roi, Renault a frappé un grand coup. En greffant un cœur de feu à sa sage berline familiale, la marque au losange a donné naissance à une légende : la Renault 21 2 litres Turbo. Loin d’être une simple version gonflée, cette voiture est devenue un symbole de performance à la française, une machine capable de tenir la dragée haute aux références allemandes du moment. Pour beaucoup, elle représente le sommet d’une ère, une machine au caractère bien trempé, offrant des sensations de conduite aujourd’hui disparues. Si vous êtes sensible au charme des youngtimers et à l’héritage sportif de Renault, ce guide est fait pour vous. Vous y découvrirez tout ce qui fait de la Renault 21 Turbo un mythe roulant.
- Une berline aux performances explosives : Découvrez comment le moteur Douvrin turbocompressé de 175 chevaux a transformé une voiture familiale en une redoutable dévoreuse d’asphalte.
- Un héritage sportif légendaire : Revivez ses exploits en compétition avec Jean Ragnotti, ses records de vitesse et son rôle de véhicule d’interception rapide pour la Gendarmerie.
- Un guide d’achat complet : Apprenez à dénicher le bon exemplaire, à connaître ses points faibles et à estimer son coût de possession pour rejoindre le cercle des passionnés.
- Toutes les spécificités techniques : Retrouvez les chiffres, les dates et les détails qui distinguent la Phase 1, la Phase 2 et la mythique version Quadra à transmission intégrale.
De la berline familiale à la bête de course : l’histoire de la Renault 21
Pour comprendre la naissance de la version 2 litres Turbo, il faut d’abord revenir aux origines de la Renault 21. Lancée en mars 1986, cette berline avait pour mission de remplacer la vieillissante Renault 18 et de concurrencer la redoutable Peugeot 405 sur le marché français et européen. Son succès fut immédiat, grâce à un excellent équilibre entre confort, tenue de route et habitabilité.
Contexte et positionnement de la Renault 21
La Renault 21 s’inscrivait dans le segment des familiales (segment D), se positionnant entre la R11 et la R25. D’abord lancée en carrosserie berline 4 portes tricorps, elle fut rapidement rejointe par un break au volume exceptionnel, le Nevada. La qualité de fabrication était en net progrès pour la marque, et sa ligne tendue, typique des années 80, offrait un aérodynamisme record pour l’époque (Cx de 0,29). Le modèle a connu un grand succès commercial, se hissant à la troisième place des ventes en France dès sa première année. La gamme proposait des motorisations essence et diesel, allant du modeste Moteur Cléon-Fonte pour l’export au robuste Moteur Douvrin de 2 litres.
Les défis de sa conception : deux architectures et empattements
La conception de la Renault 21 fut marquée par les contraintes budgétaires de l’époque. Renault, sortant d’une crise financière, dut composer avec des banques d’organes existantes. Cette situation a engendré une curiosité technique unique : la R21 utilisait deux architectures différentes. Les petits moteurs essence (Moteur F de 1.7L) étaient montés transversalement, tandis que les blocs plus gros et plus puissants (Moteur Douvrin 1995 cm³ et Diesel 2.1L) étaient implantés longitudinalement. Cette double implantation a entraîné deux empattements différents sur un même modèle, une spécificité rare dans l’histoire automobile. Le châssis s’inspirait de celui des R25 et Super 5 GT Turbo, avec une suspension de type MacPherson à l’avant et des barres de torsion à l’arrière, garantissant une excellente tenue de route.
Pourquoi une version Turbo ? L’héritage sportif de Renault
Renault, pionnier du turbo en compétition, notamment avec ses succès des années 80 en Formule 1, avait à cœur de transposer cette technologie sur ses modèles de série. Après les R5 Turbo, R11 Turbo et R18 Turbo, il était logique que la nouvelle berline porte-drapeau reçoive sa version suralimentée. L’objectif était clair : créer une berline sportive très performante pour rivaliser avec les sportives allemandes sur leur propre terrain et asseoir l’image de la R21 sur les marchés d’exportation, où la puissance était un argument de vente majeur.
La Renault 21 2 litres Turbo Phase 1 (1987-1989) : puissance et discrétion
Lancée à l’été 1987, la Renault 21 2 litres Turbo, ou Phase 1 Turbo, a immédiatement marqué les esprits. Sous une apparence de berline à peine modifiée, elle cachait un tempérament de feu qui allait en faire une référence sur le marché des sportives.
Le moteur Douvrin J7R turbo : 175 chevaux sous le capot
Le cœur de la bête était le célèbre Moteur Douvrin J7R de 1995 cm³. Ce bloc 4 cylindres en alliage léger, déjà réputé pour sa robustesse, fut coiffé d’un turbo Garrett T3 refroidi par eau et associé à deux échangeurs air/air. La gestion électronique intégrale de l’injection et de l’allumage, novatrice pour l’époque, permettait de délivrer une puissance de 175 chevaux à 5200 tr/min et un couple généreux de 270 Nm dès 3000 tr/min. Ce moteur turbo compressé offrait un fameux « coup de pied aux fesses », une poussée franche et continue typique des moteurs suralimentés de cette génération, bridée uniquement sur le premier rapport de la boîte de vitesses.
Des performances de pointe pour défier les berlines allemandes
Avec de tels chiffres, les performances étaient exceptionnelles. La Renault 21 Turbo abattait le 0 à 100 km/h en moins de 8 secondes et le 1000 mètres départ arrêté en 28 secondes environ. Sa vitesse de pointe de 227 km/h en faisait la berline française la plus rapide de son temps. Ces performances la plaçaient au niveau de rivales prestigieuses comme la BMW M3 E30 ou la Mercedes 190 2.3-16, mais pour un prix bien plus attractif. Le succès commercial de cette version sportive fut immédiat.
Esthétique et équipements : un look sportif et un intérieur dédié
Extérieurement, la Phase 1 Turbo se distinguait par un design plus affirmé : un bouclier avant spécifique avec doubles optiques, des bas de caisse, un aileron intégré à la malle arrière et de superbes jantes « turbine » de 15 pouces. Le look restait sobre, loin de l’exubérance d’une R5 Turbo. Dans l’habitacle, l’ambiance était résolument sportive. Le tableau de bord noir était rehaussé d’une instrumentation à fond rouge, et les sièges baquets offraient un maintien excellent. L’équipement de série incluait le système ABS, une rareté à ce niveau de gamme, et une direction assistée.
Les qualités routières et le plaisir de conduite salués
Le châssis de la Renault 21 a été profondément revu pour encaisser le surplus de puissance. Avec une suspension surbaissée et affermie et des trains roulants optimisés, la tenue de route était impériale. Précise, agile et dotée d’un freinage puissant (4 disques dont 2 ventilés à l’avant), la voiture se montrait d’une grande efficacité, malgré une légère tendance au sous-virage à la limite. Le plaisir de conduite était immense, combinant le confort d’une berline au quotidien et le caractère rageur d’une vraie sportive quand le turbo entrait en action.
Évolutions et perfectionnements : la R21 Turbo Phase 2 et Quadra (1989-1994)
En 1989, toute la gamme Renault 21 bénéficie d’un restylage. La version 2 litres Turbo évolue logiquement pour devenir la Phase 2 Turbo, apportant avec elle son lot de modernisations et une version très attendue : la Quadra.
Le restylage de la Phase 2 : modernité et améliorations intérieures
La Phase 2 modernise le design de la Renault 21 avec des lignes adoucies. Les changements les plus visibles concernent la face arrière, avec de nouveaux feux plus arrondis, et l’arrivée d’une carrosserie 5 portes à hayon sur le reste de la gamme (mais pas sur la Turbo). C’est surtout à l’intérieur que le progrès est le plus marquant. La planche de bord, critiquée sur la Phase 1 pour ses plastiques rigides, est entièrement redessinée. Plus moderne, ergonomique et réalisée dans des matériaux plus valorisants, elle améliore grandement la qualité de fabrication perçue de l’habitacle. Les jantes à 5 bâtons remplacent les « turbines » et de nouvelles teintes, comme le fameux Bleu Sport, font leur apparition.
La R21 Turbo Quadra : l’adhérence des quatre roues motrices
Fin 1989, Renault lance la R21 Turbo Quadra, dotée d’une transmission intégrale. Ce système sophistiqué, comprenant un pont arrière et un différentiel central à glissement limité, pouvait transférer jusqu’à 35% du couple aux roues arrière. L’objectif était d’améliorer la motricité sur sol glissant et de rendre la voiture encore plus efficace sur route sinueuse. Alourdie d’environ 150 kg, la Quadra était légèrement moins véloce en ligne droite mais offrait une tenue de route et une sécurité active diaboliques. Elle est aujourd’hui très recherchée sur le marché de la collection.
L’impact de la réglementation anti-pollution et du catalyseur
Au début de l’année 1993, la réglementation européenne impose l’adoption du catalyseur sur tous les modèles essence. La Renault 21 Turbo n’y échappe pas. Cette modification technique, destinée à réduire les émissions polluantes, a eu pour conséquence une baisse de puissance. Le moteur Douvrin J7R passe ainsi de 175 à 162 chevaux. Si les performances restent de très haut niveau, les puristes regrettent la perte de ces quelques chevaux qui faisaient le sel de la version originelle.
La fin de production et son remplacement par la Laguna
La carrière de la Renault 21 2 litres Turbo s’achève en 1994, avec l’arrêt de la production de la berline R21, remplacée par la Renault Laguna. La Laguna n’offrira pas de descendante directe, marquant la fin d’une époque pour les berlines sportives suralimentées chez Renault. La production totale de la R21 Turbo, toutes versions confondues, s’élève à 13 781 exemplaires, fabriqués dans les usines d’assemblage de Sandouville.
L’héritage sportif et culturel de la R21 Turbo
Bien plus qu’une simple voiture de sport, la Renault 21 Turbo a marqué son époque par ses exploits en compétition et sa présence dans l’imaginaire collectif. Elle est devenue une icône, un symbole de la performance des années 80 et 90.
Exploits en Superproduction avec Jean Ragnotti
Pour promouvoir son nouveau missile, Renault engage une version 4×4 ultra-préparée dans le Championnat de France de Superproduction. Avec un moteur poussé à 430 chevaux et le talentueux Jean Ragnotti au volant, la R21 4×4 Superproduction domine outrageusement la saison 1988, remportant six des dix courses au programme. Cette démonstration de force a gravé l’image de la Renault 21 Turbo dans la légende du sport automobile français.
Records de vitesse sur glace et autres prouesses
En 1988 également, le pilote Jean-Pierre Malcher, au volant d’une Renault 21 2 litres Turbo quasiment de série, établit de nouveaux records du monde de vitesse sur glace en Suède. Atteignant plus de 250 km/h sur un lac gelé, il démontre l’incroyable potentiel et la fiabilité du moteur et du châssis de la voiture, même dans les conditions les plus extrêmes.
La R21 Turbo comme véhicule d’interception de la Gendarmerie française
Son image de performance et sa vitesse de pointe élevée n’ont pas échappé à la Gendarmerie Nationale. À partir de 1992, les Brigades Rapides d’Intervention (BRI) ont été équipées de Renault 21 Turbo. Peinte en bleu gendarmerie, elle est devenue un véhicule d’interception rapide redouté sur les autoroutes françaises, contribuant à forger sa légende populaire.
Présence marquante dans le cinéma et la culture populaire
La silhouette de la Renault 21 Turbo a aussi marqué le grand écran. Elle est notamment la star mécanique des films d’action français « Balle Perdue » et « Balle Perdue 2 ». Elle apparaît également, de manière plus humoristique, dans les sagas « Les Tuche » et « Camping », preuve de son statut d’objet culte et de sa forte présence dans la mémoire collective française.
Acheter une Renault 21 Turbo aujourd’hui : guide du collectionneur
Vingt-cinq ans après la fin de sa production, la Renault 21 2 litres Turbo est un des youngtimers les plus désirables. Son aura, ses performances et sa relative rareté en font un excellent choix pour tout passionné souhaitant s’offrir une icône des années 80.
Sa place de youngtimer recherché : cote et attractivité
La cote de la R21 Turbo est en hausse constante. Si les prix occasion restent encore accessibles, ils grimpent régulièrement pour les beaux exemplaires. Un modèle en bon état se négocie aujourd’hui entre 12 000 et 15 000 euros, mais les prix élevés peuvent être atteints pour des versions rares et en parfait état. L’obtention d’une carte grise collection est possible et facilite son usage tout en offrant des avantages en matière d’assurance et de contrôle technique.
Les versions à privilégier et leur rareté sur le marché
Le choix dépend de vos priorités.
- La Phase 1 Turbo est appréciée pour son look originel et son caractère plus brut.
- La Phase 2 Turbo est souvent plébiscitée pour sa meilleure finition intérieure (la fameuse planche de bord) et son look modernisé.
- La version Quadra est la plus rare et la plus recherchée, surtout dans sa déclinaison 175 ch (non catalysée). Elle représente le graal pour de nombreux collectionneurs mais sa complexité mécanique demande une attention particulière.
Points à vérifier avant l’achat : mécanique, carrosserie et intérieur
Avant toute acquisition, une inspection minutieuse s’impose.
- Mécanique : Le Moteur Douvrin est robuste, mais le turbo doit être surveillé (signes de fumée bleue, sifflements anormaux). Vérifiez l’historique d’entretien, notamment le remplacement de la courroie de distribution. Sur la Quadra, l’état de la transmission intégrale et de l’arbre de transmission est un point crucial.
- Carrosserie : La corrosion est l’ennemi numéro un. Inspectez les soubassements, les passages de roues, les bas de caisse et le pourtour du pare-brise. Un exemplaire non modifié et avec sa peinture d’origine est un plus.
- Intérieur : L’habitacle vieillit correctement, mais les plastiques de la planche de bord peuvent être cassants. Contrôlez le fonctionnement de tous les équipements électriques et l’état des selleries, en particulier les renforts latéraux des sièges.
Entretien et coût de possession : ce qu’il faut savoir
Posséder une Renault 21 Turbo demande un entretien rigoureux. Les vidanges avec une huile de qualité doivent être rapprochées. Certaines pièces spécifiques au modèle Turbo (échangeurs, durites, éléments de carrosserie) deviennent difficiles à trouver. Le coût de possession reste raisonnable pour une sportive de cet acabit, à condition de partir sur une base saine et de ne pas négliger l’entretien préventif. La robustesse générale de la mécanique est un atout, mais la partie transmission de la Quadra peut se révéler plus coûteuse à maintenir.
Fiche technique complète de la Renault 21 2 litres Turbo
Pour les amateurs de chiffres et de précisions, voici un récapitulatif détaillé des caractéristiques de cette berline sportive d’exception.
Caractéristiques détaillées du moteur et des performances
| Moteur | Moteur Douvrin J7R-752/756, 4 cylindres en ligne, longitudinal |
| Cylindrée | 1995 cm³ |
| Alimentation | Injection électronique Renix + Turbo Garrett T3 (0,9 bar) |
| Puissance maximale | 175 ch à 5200 tr/min (162 ch pour version catalysée) |
| Couple maximal | 270 Nm à 3000 tr/min (260 Nm pour version catalysée) |
| Vitesse maximale | 227 km/h (222 km/h pour Quadra) |
| 0 à 100 km/h | 7,4 secondes (8,1 s pour Quadra) |
| 1000 m départ arrêté | 27,8 secondes (28,9 s pour Quadra) |
Dimensions, poids et capacités de la R21 Turbo
| Carrosserie | Berline tricorps 4 portes, 5 places |
| Longueur | 4 492 mm |
| Largeur | 1 721 mm |
| Hauteur | 1 394 mm |
| Poids à vide | 1 215 kg (Traction) / 1 345 kg (Quadra) |
| Volume du coffre | 490 L (Traction) / 394 L (Quadra) |
| Réservoir | 66 litres |
Options de transmission et détails du châssis
| Transmission | Traction avant ou transmission intégrale permanente (Quadra) |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports (type UN1) |
| Suspension avant | Type MacPherson, bras inférieurs, barre antiroulis |
| Suspension arrière | Bras tirés, 4 barres de torsion transversales, barre antiroulis |
| Freinage | 4 disques (ventilés à l’avant), système ABS de série |
| Direction | Crémaillère, direction assistée |
Chiffres clés de production et commercialisation
| Années de production | 1987 – 1994 |
| Lieu de production | Usine de Sandouville (France) |
| Production totale (Turbo) | 13 781 exemplaires |
| Prix de lancement (1990) | Environ 170 000 Francs |



