Quand les passionnés évoquent la quintessence de la qualité de fabrication et de la fiabilité automobile, un nom revient inlassablement : la Mercedes-Benz W124. Conçue à une époque où les ingénieurs primaient sur les comptables, cette voiture de direction a marqué son temps et continue de fasciner. Elle représente bien plus qu’un simple moyen de transport ; c’est un monument d’ingénierie, un symbole de durabilité et une véritable icône pour les collectionneurs et les amateurs de youngtimers. Avant de plonger dans les détails techniques qui font sa renommée, voici ce que vous devez retenir de cette automobile d’exception :
- Une fiabilité légendaire : Construite pour durer, la W124 est réputée pour sa capacité à parcourir des centaines de milliers de kilomètres avec un entretien régulier. Ses moteurs, qu’ils soient diesel ou essence, sont des modèles de robustesse.
- Une diversité de carrosseries inégalée : Pour la première fois chez Mercedes-Benz, une plateforme a été déclinée en cinq variantes distinctes. Vous trouverez la berline (W124), le break (S124), le coupé (C124), le cabriolet (A124) et même la rare limousine (V124).
- Des innovations techniques marquantes : Elle a introduit ou popularisé des technologies qui sont devenues des standards, comme la suspension multibras Mercedes à l’arrière, le système ABS de série (dès 1988) et la transmission intégrale 4Matic.
- Un design intemporel : La conception finale Bruno Sacco a doté la W124 de lignes sobres et élégantes, optimisées pour un coefficient de traînée remarquablement faible pour l’époque, gage de silence et d’efficience.
Ce guide complet vous plonge dans l’univers de cette voiture de direction qui, après une phase de remodelage en 1993, a donné naissance à la première Mercedes-Benz Classe E. Préparez-vous à explorer son histoire, ses motorisations et les secrets qui en font un choix si pertinent sur le marché de l’occasion aujourd’hui.
Genèse et évolution d’une légende
Conception et développement
Le projet de la Mercedes-Benz W124 a débuté dès l’automne 1976, avec pour objectif de succéder à la très populaire W123. L’équipe d’ingénieurs de Daimler-Benz a reçu un cahier des charges clair : créer une voiture plus sûre, plus confortable, plus aérodynamique et plus efficiente. Dès avril 1978, la décision fut prise de s’inspirer de la plateforme de la future compacte W201 (la 190). Le design extérieur, finalisé durant l’hiver 1980-1981 sous la direction du maître Bruno Sacco, mettait l’accent sur une esthétique moderne et une faible traînée aérodynamique. Les premiers prototypes ont été testés intensivement dès 1982, préparant le terrain pour une production qui allait redéfinir les standards de la catégorie.
Les phases de production (1984-1989, 1990-1993, 1994-1997)
L’histoire de la W124 se divise en trois grandes phases de production, chacune apportant son lot d’améliorations et de nouveautés.
- Phase 1 (1984-1989) : La période de lancement voit l’établissement de la gamme avec la berline, suivie du break et du coupé. Les motorisations initiales incluent les fiables blocs moteur essence M102 et M103, ainsi que les infatigables moteur diesel OM601, OM602 et OM603. C’est durant cette période que le système 4Matic et le turbocompressé diesel ont été introduits.
- Phase 2 (1990-1993) : Cette phase de production est marquée par un premier remodelage en 1989. Les voitures reçoivent des protections latérales larges (les fameux « Sacco panels ») avec des inserts chromés, modernisant leur apparence. C’est l’âge d’or des innovations motrices avec l’arrivée des moteurs multisoupapes DOHC de la famille M104 (300E-24), offrant un gain de performance significatif. L’apogée de cette période est sans conteste la présentation de la mythique 500E, animée par le puissant moteur V8 M119.
- Phase 3 (1994-1997) : Le second remodelage phase, en 1993, est plus profond. L’avant est redessiné avec une calandre intégrée au capot, à l’image des nouvelles W140 et W202. C’est à ce moment que la W124 est officiellement rebaptisée Mercedes-Benz Classe E. De nouveaux moteurs multisoupapes font leur apparition, tant en essence (M111) qu’en diesel (OM605, OM606), améliorant à la fois la puissance et le contrôle émissions. La production de la berline s’achève en 1995, mais le cabriolet continue sa carrière jusqu’en 1997.
Présentation et lancement commercial
La Mercedes-Benz W124 a été officiellement dévoilée à la presse internationale le 26 novembre 1984 à Séville, en Espagne. Le slogan « Le progrès fait la différence » résumait parfaitement l’avancée technologique que représentait ce modèle. Les premières livraisons aux clients européens ont débuté en janvier 1985, marquant le début d’une carrière commerciale couronnée de succès, avec une production totale atteignant 2 562 143 unités.
Le virage de 1993 : Naissance de la Classe E
L’année 1993 est un tournant majeur. En plus des modifications esthétiques, Mercedes-Benz a rationalisé ses nomenclatures. Le « E » (pour Einspritzung, injection) qui suivait la cylindrée (ex: 230E) est passé en préfixe, donnant naissance à la Classe E (ex: E220). Les codes de carrosserie (C pour Coupé, T pour Break) ont disparu des badges de coffre. Ce changement a aligné la W124 sur la nouvelle stratégie de segmentation de la marque, un héritage qui perdure encore aujourd’hui avec la moderne Mercedes-Benz Classe E.
Les multiples visages de la W124 : Carrosseries et design

La plateforme W124 est célèbre pour ses nombreuses configurations de carrosserie. Chaque variante possédait son propre châssis interne et répondait à des besoins spécifiques, tout en partageant une base technique commune d’une qualité exceptionnelle.
La berline (W124) : Le cœur de gamme
Avec son code de châssis W 124, la berline 4 portes fut le modèle le plus vendu et le pilier de la gamme. Parfait équilibre entre confort, espace et prestige, elle incarnait la voiture de direction par excellence. Elle a été proposée avec la quasi-totalité des motorisations disponibles, du modeste 200D au surpuissant E60 AMG.
Le break (S124) : Polyvalence et innovations
Le break S 124, lancé en 1985, était bien plus qu’un simple utilitaire. Il offrait un volume de chargement impressionnant avec un plancher de chargement plat et pouvait être équipé d’une troisième banquette rabattable, dos à la route, pour accueillir 7 passagers. Il se distinguait par sa suspension arrière hydropneumatique auto-nivelante de série, garantissant une assiette constante quelle que soit la charge.
Le coupé (C124) : Élégance sportive
Présenté en 1987, le coupé C 124 se démarquait par un empattement raccourci de 8,5 cm et une ligne de toit plus basse. Son design sans montant central (pilier B) lui conférait une élégance rare et une allure plus dynamique. Il était exclusivement proposé avec des motorisations essence, visant une clientèle à la recherche de raffinement et de grand tourisme.
Le cabriolet (A124) : Le retour du plein air
Le cabriolet A 124, apparu en 1992, a marqué le grand retour de Mercedes-Benz sur le segment des décapotables 4 places après 20 ans d’absence. Pour compenser l’absence de toit rigide, son châssis a été considérablement renforcé. Il intégrait une innovation de sécurité majeure : un arceau de sécurité intégré qui se déployait automatiquement en quelques millisecondes en cas de retournement.
La limousine (V124) : Luxe et exclusivité
La limousine V 124 est la version la plus rare. Basée sur une berline à empattement allongé, elle disposait de 6 portes et de 8 places. Destinée principalement aux flottes d’hôtels de luxe et aux services diplomatiques, elle offrait un espace royal à ses passagers arrière.
Design extérieur et aérodynamisme
La conception finale Bruno Sacco de la W124 est un chef-d’œuvre de fonctionnalité et d’élégance discrète. Chaque ligne a été pensée pour l’efficience. Le résultat est un coefficient de traînée (Cx) exceptionnel pour l’époque, allant de 0,28 à 0,30 selon les versions. Des détails comme l’essuie-glace monobras excentrique, qui balayait une surface record du pare-brise, ou les fameuses jantes alliage à 15 trous surnommées « Gullideckel » (bouche d’égout), participent à son identité unique.
Motorisations : Une gamme étendue pour tous les besoins
La diversité mécanique est l’une des grandes forces de la Mercedes-Benz W124. La gamme de moteurs était si vaste qu’elle pouvait satisfaire aussi bien le chauffeur de taxi soucieux d’économie que l’amateur de hautes performances.
Les moteurs essence 4 cylindres
L’entrée de gamme était assurée par les blocs M102 (2.0L et 2.3L) à 8 soupapes, réputés pour leur simplicité et leur endurance. En 1992, ils ont été remplacés par la famille M111, des moteurs multisoupapes DOHC (2.0L et 2.2L) à 16 soupapes, dotés d’une gestion électronique du moteur plus moderne, offrant plus de souplesse et de puissance.
Les moteurs essence 6 cylindres (OHC et DOHC)
Les 6 cylindres en ligne ont forgé la réputation de noblesse mécanique de Mercedes-Benz. La W124 a d’abord utilisé le moteur M103 (2.6L et 3.0L) à simple arbre à cames en tête (OHC). En 1989, le M104 a fait son apparition. Ce bloc à double arbre à cames en tête (DOHC) et 24 soupapes (en versions 3.0L, puis 2.8L et 3.2L) a apporté un gain de puissance substantiel et une sonorité envoûtante.
Les moteurs V8 : Puissance et prestige
Réservés à l’élite de la gamme, les V8 ont transformé la sage berline en une véritable dévoreuse d’autobahn. Le légendaire moteur V8 M119 (en 5.0L pour la 500E/E500 et 4.2L pour la 400E/E420) était une merveille de technologie, dérivé de la compétition et réputé pour sa puissance et sa fiabilité.
Les moteurs diesel : Robustesse et économie
La W124 est indissociable de ses moteurs diesel. La gamme s’étendait du 4 cylindres OM601 (2.0L) au 6 cylindres OM603 (3.0L), en passant par le 5 cylindres OM602 (2.5L). Ces moteurs atmosphériques étaient des marathoniens increvables. Des versions turbocompressé diesel ont ajouté le surplus de puissance qui leur manquait, notamment sur les 250D Turbo et 300D Turbo. Après 1993, les nouveaux blocs OM605 (2.5L) et OM606 (3.0L) à 20 et 24 soupapes ont encore amélioré les performances.
Voici un aperçu des motorisations pour les carrosseries les plus courantes :
Tableau des motorisations Berline (W124)
| Modèle | Moteur | Cylindrée (cm³) | Puissance (ch) | Années de production |
|---|---|---|---|---|
| 200 D / E 200 Diesel | OM601 | 1997 | 72-75 | 1985-1995 |
| 250 D Turbo / E 250 Turbodiesel | OM602 | 2497 | 126 | 1988-1995 |
| 300 D Turbo / E 300 Turbodiesel | OM603 | 2996 | 143-147 | 1986-1995 |
| 230 E | M102 | 2298 | 132-136 | 1985-1992 |
| E 220 | M111 | 2199 | 150 | 1992-1995 |
| 300 E / 300 E-24 | M103/M104 | 2962/2960 | 180-220 | 1985-1992 |
| 320 E / E 320 | M104 | 3119 | 220 | 1992-1995 |
| 400 E / E 420 | M119 | 4196 | 279-286 | 1992-1995 |
| 500 E / E 500 | M119 | 4973 | 320-326 | 1990-1995 |
| E 60 AMG | M119 | 5956 | 381 | 1993-1994 |
Tableau des motorisations Break (S124)
| Modèle | Moteur | Cylindrée (cm³) | Puissance (ch) | Années de production |
|---|---|---|---|---|
| 250 TD | OM602 | 2497 | 90-94 | 1985-1993 |
| 300 TD Turbo | OM603 | 2996 | 143-147 | 1986-1993 |
| 230 TE | M102 | 2298 | 132-136 | 1985-1992 |
| 320 TE / E 320 Break | M104 | 3119 | 220 | 1992-1996 |
| E 36 AMG Break | M104 | 3606 | 272 | 1993-1996 |
Transmissions : Manuelles et automatiques
La transmission standard était une boîte manuelle à 4 ou 5 vitesses. Cependant, la plupart des clients optaient pour la fameuse boîte automatique à 4 rapports (4G-Tronic), réputée pour sa douceur et son incroyable fiabilité. Sur les modèles haut de gamme équipés du moteur M104, une boîte automatique 5 vitesses a été introduite en 1990, offrant un rapport supplémentaire pour abaisser le régime moteur sur autoroute.
Les systèmes 4Matic : La transmission intégrale
Le système 4Matic, introduit en 1987, était une traction intégrale sophistiquée pour l’époque. En conditions normales, la voiture fonctionnait en propulsion. Si une perte d’adhérence était détectée, le système pouvait transférer automatiquement jusqu’à 50% du couple aux roues avant, garantissant une motricité optimale sur chaussée glissante. C’était une option coûteuse, réservée à certains modèles 6 cylindres essence et turbocompressé diesel.
Innovations techniques et équipements marquants
La Mercedes-Benz W124 était une vitrine technologique pour son époque, intégrant de nombreuses innovations qui ont amélioré le confort, la sécurité et les performances.
Suspensions : Confort et tenue de route
La grande nouveauté était la suspension multibras Mercedes à l’arrière. Ce design complexe à cinq bras indépendants par roue assurait un guidage parfait du train arrière, offrant un compromis exceptionnel entre un confort souverain et une tenue de route très sûre, même à haute vitesse. C’est l’un des éléments clés qui a contribué à la réputation dynamique de la W124.
Sécurité active et passive (ABS, ASR, ASD, airbags)
La sécurité a toujours été une priorité pour Mercedes-Benz. La W124 a bénéficié d’une structure de caisse à déformation programmée très étudiée. Le système ABS (antiblocage des roues) est devenu standard sur toute la gamme en 1988. En option, on pouvait trouver l’ASR (antipatinage) et l’ASD (différentiel à glissement limité automatique). L’airbag conducteur est devenu standard au fil des ans, et l’airbag passager était disponible en option.
Confort et astuces ergonomiques
Le souci du détail se retrouvait dans de nombreuses fonctionnalités. Les appuie-têtes arrière de la berline et du coupé pouvaient se rabattre électriquement via un bouton au tableau de bord pour améliorer la visibilité. Sur le break S124, le hayon disposait d’une fermeture assistée pour éviter de le claquer. Le design de l’habitacle, bien que sobre, était un modèle d’ergonomie et de qualité d’assemblage.
La technologie multisoupapes et le système HFM
L’introduction des moteurs multisoupapes DOHC a représenté un bond en avant. Couplés au système d’injection de carburant Bosch LH-Jetronic avec débitmètre à fil chaud (HFM), ces moteurs offraient une meilleure respiration, un rendement supérieur et un meilleur contrôle émissions, tout en respectant les normes européennes d’émission de plus en plus strictes.
Modèles d’exception et performances
Si la W124 est connue pour sa raison, elle a aussi su faire preuve de folie avec des versions de haute performance qui sont aujourd’hui très recherchées.
La Mercedes-Benz 500E / E500 : Le mythe de la berline sportive
La 500E est une légende. Née d’une collaboration avec Porsche (qui en assurait une partie de l’assemblage), cette berline cachait sous ses ailes subtilement élargies le fabuleux moteur V8 M119 de 5.0L et 326 ch du roadster SL 500. Capable d’abattre le 0 à 100 km/h en moins de 6 secondes, elle offrait des performances de supercar dans une discrétion presque totale. Elle reste l’une des W124 les plus désirables.
Les versions AMG : Sportivité exclusive
Avant de devenir la division sportive officielle de Mercedes-Benz, AMG était un préparateur indépendant. L’accord de partenariat AMG de 1990 a ouvert la voie à des modèles distribués en concession. Les plus connus sur la base W124 sont les E36 AMG (sur base 3.2L, disponible en break, coupé et cabriolet) et la très rare E60 AMG, une berline dont le V8 était poussé à 6.0L et 381 ch, en faisant la W124 de série la plus puissante jamais produite.
Qualité de fabrication et réputation
La légendaire fiabilité de la W124
La réputation de fiabilité de la W124 n’est pas usurpée. Elle est le fruit d’une conception sans compromis, où la durabilité des composants était une priorité absolue. Une enquête de l’ADAC (automobile club allemand) en 1995 a classé la version diesel comme le véhicule le plus fiable de sa catégorie. Son endurance explique pourquoi de nombreux exemplaires sont encore sur les routes aujourd’hui, souvent avec des kilométrages très élevés.
L’impact de la « chasse aux coûts » : Une qualité en dent de scie ?
Il est vrai que la fin de la production a été marquée par un changement de philosophie chez Daimler-Benz. La pression concurrentielle, notamment japonaise, a conduit à une optimisation des coûts. Certains puristes estiment que les modèles produits après le second remodelage de 1993 ont vu une légère baisse de la qualité de certains matériaux intérieurs ou du faisceau électrique, mais la W124 reste globalement un exemple de construction robuste jusqu’à la fin.
La W124 sur le marché de l’occasion
Aujourd’hui, la Mercedes-Benz W124 représente un excellent choix pour qui cherche une voiture classique utilisable au quotidien. Son marché est vaste, allant de la simple berline diesel abordable aux rares coupé, cabriolet ou 500E dont la cote ne cesse de grimper. L’achat d’une W124 est avant tout une question d’état et d’historique d’entretien. La disponibilité des pièces reste bonne, soutenue par une forte communauté de passionnés et par Mercedes-Benz Classic.
La W124 après la W124
Fin de production et héritage
La production de la berline W124 a pris fin en août 1995, laissant la place à la W210 et son design à quatre phares ronds. Le break a suivi en 1996, et les coupé et cabriolet en 1997. Dans certains pays, les derniers modèles ont été proposés en éditions limitées Masterpiece, dotées d’équipements luxueux. L’héritage de la W124 est immense : elle a non seulement établi la lignée de la Mercedes-Benz Classe E, mais elle reste le symbole d’une époque où une voiture était avant tout un investissement à long terme.
Successions et modèles dérivés
La W210 a succédé à la berline et au break. Pour le coupé et le cabriolet, il a fallu attendre la Classe CLK (C208), basée sur la plateforme de la plus petite Classe C. De manière plus anecdotique, le châssis de la W124 a connu une seconde vie en Corée du Sud, servant de base au SsangYong Chairman, preuve ultime de la robustesse de sa conception.





