Si vous lisez ces lignes, c’est que la Mercedes-Benz W124 ne vous laisse pas indifférent. Et vous avez raison. Conçue à une époque où les ingénieurs de Daimler-Benz avaient carte blanche, cette voiture de direction incarne une philosophie de fabrication aujourd’hui disparue. Elle représente le summum de la qualité, de la fiabilité et de l’ingénierie avant l’ère de l’obsolescence programmée. Ce guide est fait pour vous, passionné à la recherche d’informations précises et complètes.
Voici ce qui fait de la W124 une automobile d’exception, que vous allez découvrir en détail :
- Une conception sans compromis : Fruit de près d’une décennie de développement, elle a été pensée pour durer, avec une qualité de matériaux et d’assemblage qui fait encore référence.
- Une polyvalence inégalée : Avec cinq nombreuses configurations de carrosserie (Berline, Break, Coupé, Cabriolet, Limousine), la gamme W124 offrait une solution pour chaque besoin, du transport familial au grand tourisme de luxe.
- Des innovations marquantes : Elle a introduit ou généralisé des technologies majeures comme la suspension multibras Mercedes, le système ABS de série, la transmission intégrale système 4Matic et des moteurs multisoupapes performants.
- Une réputation de fiabilité légendaire : Les moteurs, qu’ils soient Essence ou Diesel, sont réputés pour leur endurance kilométrique phénoménale, à condition d’un entretien suivi.
Genèse et évolution d’une légende
Conception et développement
Le projet de la Mercedes-Benz W124 débute officiellement en juillet 1977, dans le sillage du succès de sa devancière, la W123. L’objectif de Daimler-Benz était clair : créer une voiture de direction qui surpasserait toutes ses concurrentes en matière de sécurité, de confort, de fiabilité et d’aérodynamisme. Le cahier des charges s’appuyait sur les recherches menées pour la plus compacte W201 (la future 190). Le design final, supervisé par le maître conception finale Bruno Sacco durant l’hiver 1980-1981, a abouti à une ligne à la fois moderne et intemporelle, affichant un faible traînée aérodynamique. Les premiers prototypes ont été testés dès 1982, et la production pilote a démarré en mars 1984, après des années de mise au point rigoureuse.
Les phases de production (1984-1989, 1990-1993, 1994-1997)
L’histoire de la Mercedes-Benz W124 se décompose en trois grandes phases, marquées par des évolutions techniques et esthétiques.
- Phase 1 (1984-1989) : Les premiers modèles se caractérisent par leurs protections latérales fines et leurs pare-chocs noirs. L’accent est mis sur la pureté du design et l’efficacité aérodynamique. Durant cette phase de production, l’équipement de série s’enrichit progressivement, avec la généralisation du système ABS en 1988.
- Phase 2 (1990-1993) : Le premier remodelage (appelé « Mopf 1 ») arrive en septembre 1989. Il se reconnaît à ses larges protections de carrosserie, le fameux panneau latéral surnommé « Sacco panels », qui modernisent la ligne. L’intérieur gagne en raffinement avec de nouvelles boiseries. Cette période voit l’introduction des révolutionnaires moteurs multisoupapes DOHC, comme sur la 300E-24.
- Phase 3 (1994-1997) : Le second remodelage phase (« Mopf 2 ») de 1993 est le plus visible. La calandre est désormais intégrée au capot (« calandre Classe S »), les optiques sont redessinées, et le nom change : la W124 devient officiellement la Mercedes-Benz Classe E. Cette phase voit aussi l’arrivée de nouveaux moteurs Diesel multisoupapes.
Présentation et lancement commercial
La présentation à la presse internationale a lieu le 26 novembre 1984 à Séville, en Espagne. La commercialisation de la Berline débute en janvier 1985. L’accueil est excellent, la clientèle reconnaissant immédiatement les qualités intrinsèques de cette nouvelle Mercedes-Benz. La gamme s’élargit rapidement pour répondre à toutes les attentes, affirmant la position dominante de la marque sur le segment des voitures de direction.
Le virage de 1993 : Naissance de la Classe E
Le remodelage de 1993 est plus qu’une simple mise à jour stylistique. Il marque un changement stratégique pour Mercedes-Benz, qui rationalise ses appellations. La W124 devient la première Classe E, un nom qui perdure aujourd’hui. Les modèles sont désormais désignés par une lettre (E) suivie de la cylindrée (par exemple, la 320E devient E320). Ce changement coïncide avec l’introduction des moteurs Diesel OM605 et OM606 à 20 et 24 soupapes, offrant une puissance et un agrément en nette hausse, et respectant les nouvelles normes européennes d’émission.
Les multiples visages de la W124 : Carrosseries et design
La plateforme W124 a été la première chez Mercedes-Benz à être déclinée en une famille aussi complète, avec un châssis interne spécifique à chaque version.
La berline (W124) : Le cœur de gamme
Le châssis interne W 124 est la pierre angulaire de la gamme. Produite de novembre 1984 à août 1995, c’est la version la plus diffusée. Elle incarne l’équilibre parfait entre confort, statut et dynamisme. Son habitabilité et la qualité de sa finition en ont fait la voiture direction par excellence de son époque. Ses motorisations allaient du modeste moteur diesel 200D au surpuissant moteur V8 M119 de la 500E.
Le break (S124) : Polyvalence et innovations
Lancé en octobre 1985 sous le châssis S 124, le Break (ou « T-Modell ») est un chef-d’œuvre de polyvalence. Il combine l’élégance de la Berline avec un volume de chargement exceptionnel, un plancher de chargement plat et la possibilité d’une troisième banquette dos à la route pour 7 places. Il se distinguait par sa suspension arrière hydropneumatique auto-nivelante de série, garantissant une assiette constante quelle que soit la charge.
Le coupé (C124) : Élégance sportive
Le Coupé, portant le châssis C 124, a été présenté en avril 1987. Plus court de 8,5 cm et dépourvu de montant central, il offre une ligne d’une pureté remarquable, typique des grands coupés Mercedes-Benz. Son design plus sportif et son ambiance exclusive en font un modèle particulièrement recherché aujourd’hui, surtout avec les motorisations 6 cylindres à transmission manuelle 5 vitesses ou boîte automatique.
Le cabriolet (A124) : Le retour du plein air
Après 20 ans d’absence, Mercedes-Benz a fait son grand retour sur le segment des cabriolets 4 places avec l’A 124, dont la production a débuté en mars 1992. C’est un tour de force d’ingénierie : le châssis a été massivement renforcé pour compenser l’absence de toit. Il a inauguré un arceau de sécurité intégré et pyrotechnique qui se déploie en une fraction de seconde en cas de retournement, une innovation majeure pour la sécurité.
La limousine (V124) : Luxe et exclusivité
La version Limousine (V 124) est la plus rare. Avec son empattement allongé de 80 cm, elle offrait 6 portes et 8 places. Destinée principalement aux flottes d’hôtels de luxe et aux services diplomatiques, elle était disponible avec les motorisations 260E et 250D, offrant un espace et un confort royaux.
Design extérieur et aérodynamisme
Le design final Bruno Sacco de la W124 a été dicté par la recherche de l’efficacité. Chaque détail, des rétroviseurs asymétriques au fameux essuie-glace monobras panoramique, a été pensé pour réduire la résistance à l’air. Le résultat est un coefficient de traînée (Cx) record pour l’époque de 0.28 sur certains modèles, contribuant à la fois à la réduction de la consommation et au silence à bord. Les modèles destinés au marché américain se distinguaient par leurs phares scellés rectangulaires, en conformité avec la sécurité des véhicules importés.
Motorisations : Une gamme étendue pour tous les besoins
La diversité mécanique est l’une des grandes forces de la Mercedes-Benz W124. La gamme de moteurs, allant de 4 à 8 cylindres, en Essence comme en Diesel, couvrait un spectre de puissance de 72 à 381 chevaux.
Les moteurs essence 4 cylindres
L’entrée de gamme était assurée par les blocs M102 (2.0L et 2.3L) à simple arbre à cames en tête (SOHC), réputés pour leur robustesse. En 1992, la nouvelle génération M111 (2.0L et 2.2L), avec double arbre à cames en tête (DOHC) et 16 soupapes, a apporté un gain significatif en puissance et en souplesse, grâce notamment à une meilleure gestion électronique du moteur.
| Modèle | Code Moteur | Cylindrée | Puissance | Années de production |
|---|---|---|---|---|
| 200E / E200 | M102 / M111 | 1996 cm³ / 1998 cm³ | 118-122 ch / 136 ch | 1985-1992 / 1992-1996 |
| 230E | M102 | 2298 cm³ | 132-136 ch | 1985-1992 |
| 220E / E220 | M111 | 2199 cm³ | 150 ch | 1992-1996 |
Les moteurs essence 6 cylindres (OHC et DOHC)
Les 6 cylindres en ligne sont le cœur noble de la gamme W124. La première génération (M103 SOHC, 2.6L et 3.0L) était déjà un modèle de douceur et de couple. L’arrivée en 1989 du Moteur M104 (DOHC 24 soupapes, 2.8L, 3.0L, 3.2L) a marqué une étape décisive, offrant des performances de premier ordre. Ces moteurs multisoupapes DOHC sont particulièrement recherchés pour leur caractère et leur sonorité.
| Modèle | Code Moteur | Cylindrée | Puissance | Années de production |
|---|---|---|---|---|
| 260E | M103 | 2599 cm³ | 160-166 ch | 1985-1992 |
| 300E | M103 | 2962 cm³ | 180-188 ch | 1985-1992 |
| 300E-24 / 320E / E320 | M104 | 2960 cm³ / 3199 cm³ | 220 ch | 1989-1992 / 1992-1997 |
| 280E / E280 | M104 | 2799 cm³ | 193-197 ch | 1992-1996 |
Les moteurs V8 : Puissance et prestige
Réservés aux modèles d’exception, les moteurs V8 ont donné à la W124 ses lettres de noblesse sportive. Le moteur V8 M119 de 32 soupapes, disponible en 4.2L (400E/E420) et 5.0L (500E/E500), transformait la sage Berline en une véritable dévoreuse d’autobahn. Ces blocs sont des monuments de performance et de fiabilité.
Les moteurs diesel : Robustesse et économie
La réputation de la W124 repose en grande partie sur ses increvables moteurs Diesel. Des blocs atmosphériques 4 cylindres (OM601), 5 cylindres (OM602) et 6 cylindres (OM603) ont équipé la majorité des taxis du monde. En 1993, les versions multisoupapes (OM605 et OM606) ont apporté plus de puissance et de raffinement. Les versions turbocompressé diesel offraient des performances comparables à certains moteurs Essence, l’économie en plus.
| Modèle | Code Moteur | Cylindrée | Puissance | Années de production |
|---|---|---|---|---|
| 200D / E200 Diesel | OM601 | 1997 cm³ | 72-75 ch | 1985-1995 |
| 250D / E250 Diesel | OM602 / OM605 | 2497 cm³ | 90-94 ch / 113 ch | 1985-1993 / 1993-1996 |
| 250D Turbo / E250 Turbodiesel | OM602 | 2497 cm³ | 126 ch | 1988-1996 |
| 300D / E300 Diesel | OM603 / OM606 | 2996 cm³ | 109-113 ch / 136 ch | 1985-1993 / 1993-1996 |
| 300D Turbo / E300 Turbodiesel | OM603 | 2996 cm³ | 143-147 ch | 1986-1996 |
Transmissions : Manuelles et automatiques
La W124 offrait le choix entre des boîtes de vitesses manuelles à 4 ou 5 rapports, précises et robustes, et une boîte automatique à 4 rapports (4G-Tronic) d’une douceur et d’une fiabilité exemplaires. Sur les modèles les plus puissants équipés du moteur M104, une boîte automatique 5 vitesses (722.5) a été proposée à partir de 1990, améliorant les reprises et la consommation.
Les systèmes 4Matic : La transmission intégrale
Introduit en 1987, le système 4Matic était une transmission intégrale sophistiquée pour l’époque. En conditions normales, la voiture est une propulsion. Lorsque le système détecte une perte d’adhérence, il engage automatiquement le pont avant et peut verrouiller les différentiels central et arrière pour une motricité maximale. Cette traction intégrale était une option coûteuse, réservée à certains moteurs 6 cylindres Essence et Diesel.
Innovations techniques et équipements marquants
La Mercedes-Benz W124 est une vitrine du savoir-faire de Daimler-Benz. Elle regorge d’innovations qui ont défini les standards de son époque.
Suspensions : Confort et tenue de route
À l’avant, la W124 utilise une suspension à jambe de force McPherson optimisée. Mais la véritable révolution se situe à l’arrière, avec l’inauguration de la fameuse suspension multibras Mercedes. Cette architecture à cinq bras par roue garantit un guidage parfait du train arrière en toutes circonstances, offrant un compromis inégalé entre confort souverain et tenue de route sécurisante. Le Break bénéficiait en plus de la suspension arrière hydropneumatique auto-nivelante.
Sécurité active et passive (ABS, ASR, ASD, airbags)
La sécurité a toujours été une priorité pour Mercedes-Benz. La W124 a généralisé le système ABS (antiblocage des roues) dès 1988. Elle pouvait aussi recevoir en option l’ASR (antipatinage) ou l’ASD (différentiel à blocage automatique). L’airbag conducteur est devenu standard au fil des années, et l’airbag passager était une option disponible, une rareté à l’époque.
Confort et astuces ergonomiques
L’habitacle de la W124 est un modèle d’ergonomie et de solutions ingénieuses. On peut citer l’essuie-glace monobras excentrique qui balayait 86% du pare-brise, les appuie-têtes arrière rabattables électriquement pour améliorer la visibilité, ou encore les fameuses jantes alliage « Gullideckel » à 15 trous, aussi robustes qu’élégantes.
La technologie multisoupapes et le système HFM
L’arrivée des moteurs multisoupapes DOHC en 1989 a été une avancée majeure. En 1992, les nouveaux moteurs Essence ont adopté le système d’injection de carburant Bosch LH-Jetronic avec débitmètre à fil chaud (HFM). Cette gestion électronique du moteur plus précise améliorait la réponse à l’accélérateur, la consommation et le contrôle émissions.
Modèles d’exception et performances
Au sein d’une gamme déjà prestigieuse, certains modèles de la Mercedes-Benz W124 ont atteint un statut mythique.
La Mercedes-Benz 500E / E500 : Le mythe de la berline sportive
Présentée en 1990, la 500E est une légende. Pour loger l’imposant moteur V8 M119 de 5.0L et 326 ch issu du roadster SL R129, Mercedes-Benz a fait appel à Porsche. Le châssis de la W124 était envoyé chez Porsche à Zuffenhausen pour être modifié (ailes élargies, trains roulants spécifiques) et recevoir le moteur. La voiture revenait ensuite à Sindelfingen pour la peinture, puis de nouveau chez Porsche pour l’assemblage final. Cette Berline aux performances de supercar (0 à 100 km/h en 5.9s) est l’une des versions de haute performance les plus désirables jamais produites.
Les versions AMG : Sportivité exclusive
Avant de devenir la division officielle de performance, AMG était un préparateur indépendant. L’accord de partenariat AMG a été formalisé en 1990. Des modèles comme la 300E 3.4 AMG « The Hammer » ont forgé la réputation de la firme. Après le remodelage de 1993, les modèles AMG étaient vendus directement en concession. Les E36 AMG (sur base Coupé, Cabriolet et Break) et la rarissime E60 AMG (Berline avec un V8 de 6.0L et 381 ch) représentent le summum de la sportivité sur la plateforme W124.
Qualité de fabrication et réputation
La légendaire fiabilité de la W124
La fiabilité de la Mercedes-Benz W124 est proverbiale. Construite avec des matériaux de premier choix et un soin obsessionnel du détail, elle est capable d’atteindre des kilométrages astronomiques. Une enquête de l’ADAC en 1995 a classé la version Diesel comme la voiture la plus fiable de sa catégorie. Sa conception robuste, que ce soit au niveau du châssis, de la transmission ou du Moteur, explique pourquoi tant d’exemplaires sont encore sur nos routes aujourd’hui.
L’impact de la « chasse aux coûts » : Une qualité en dent de scie ?
Il est juste de noter qu’à la fin de sa carrière, notamment après le second remodelage de 1993, la W124 a subi les prémices de la politique de réduction des coûts qui affectera son successeur, la W210. Un changement de direction chez Daimler-Benz, passant d’une culture d’ingénieurs à une culture de financiers, a mené à l’utilisation de certains plastiques de moindre qualité ou de faisceaux électriques simplifiés. Ces changements restent toutefois mineurs par rapport à la qualité globale de la voiture, qui demeure exceptionnelle.
La W124 sur le marché de l’occasion
Aujourd’hui, la Mercedes-Benz W124 est une jeune classique très appréciée. Sa cote varie énormément en fonction de la version, de la motorisation, du kilométrage et de l’état. Un moteur diesel bien entretenu est une monture fiable pour le quotidien, tandis qu’un Coupé ou un Cabriolet 6 cylindres est un placement plaisir. Les versions 500E/E500 et AMG, quant à elles, sont devenues de véritables objets de collection dont la valeur ne cesse de grimper.
La W124 après la W124
Fin de production et héritage
La production de la Berline W124 s’est achevée en août 1995 pour laisser place à la Mercedes-Benz Classe E W210. Le Break a suivi en 1996, et les Coupé et Cabriolet en 1997. Au total, la production totale s’est élevée à 2 562 143 unités. Dans certains pays, les derniers modèles ont été proposés en éditions limitées Masterpiece, dotées d’équipements exclusifs. L’héritage de la W124 est immense : elle a fixé des standards de qualité et de fiabilité qui ont durablement marqué l’histoire de l’automobile.
Successions et modèles dérivés
La Berline et le Break W124 ont été remplacés par la gamme W210. Les Coupé et Cabriolet n’ont pas eu de successeur direct sur la même plateforme, mais ont été remplacés par la première génération de la Classe CLK (C208), basée sur le châssis de la Classe C W202. Fait intéressant, la technologie de la W124 a survécu à travers un accord avec le constructeur coréen SsangYong, qui a utilisé sa plateforme pour son modèle Chairman.




